Méry Sinivassin Astrid

La séance est ouverte. La société des animaux contre la société des anonymes.
Et ici on ne juge pas d’après la loi mais à la gueule, certains ont de la chance d’autres pas.
On peut être biche ou truie, lion ou rat, c’est Astrid qui décide, et ceux qu’elle n’aime pas seront moches ou mal habillés.
Et ça la fait marrer. Mais ici chacun est considéré en tant qu’individu, comme dans le grand théàtre de la nature d’Oklahoma «il y a une place pour chacun mais à la fin chacun sera remis à sa place», dans une valise, un étui à cigare, ou une boîte à bijoux.
Les insectes naissent sur des tue-mouches et les biches se désaltèrent en toute liberté.
Ce qui justifie une telle cruauté? C’est justement le temps accordé à chacun, un temps personnel, subjectif contre l’empire de la rationalité. Un temps précieux, comme de la laine ou du coton, dépensé sans compter à choisir, couper, coudre ou graver, un temps qui donne figure et vie à des êtres forcément imparfaits, fragiles ou instables aimés ou détestés mais toujours identifiés, même dans la foule dont ils sont tissus.

Thomas Périno, auteur.